Un des clichés des États-Unis, ce sont les montagnes russes démesurées. Le principe est de faire suivre à un train un parcours tortueux sous l'effet de la gravité.
La région possède plusieurs parcs d'attractions bien connus. L'objectif du jour, c'est Six Flags Magic Mountain. Pas moins de 16 circuits de montagnes russes y sont regroupés. Ce parc est situé à Valencia, au nord de Los Angeles. Une visite s'impose!
Accès
Comme pour beaucoup de lieux intéressants dans ce pays, la voiture est quasiment indispensable. L'Interstate 5 passe juste à côté de Magic Mountain. Je n'ai ni véhicule ni permis. Une recherche sur le site officiel me donne les driving directions, mais qu'en est-il des transit directions ou accès par transports en commun? Rien du tout.
La veille, je cherche donc un itinéraire possible. Le Metro Trip Planner arrive à la rescousse, calculateur de trajet bus/train pour la région.
Pour ce samedi, je repère donc un train de banlieue partant de Union Station (gare centrale de Los Angeles) à 9 heures du matin, puis 2 bus à Santa Clarita pour arriver aux portes du parc. Le dernier retour possible est à 18h. Il faut ajouter le temps d'approche depuis Long Beach.
C'est donc parti samedi matin, réveil qui sonne à 5h30. Par flême, je reste cloué au lit le temps de plusieurs sonneries, il est 6h30 lorsque je parviens à m'éjecter. Direction la 7th street. Un poteau d'arrêt se trouve au niveau de ma rue, mais il faut que je traverse pour embarquer dans la bonne direction. La 7th street est une artère principale de Long Beach, très passante. Pas moyen de traverser ici, je dois remonter quelques blocs pour atteindre un passage protégé et un autre arrêt. Un 94 me passe justement sous le nez... Je dois attendre 7h40 pour voir le bus suivant pointer son pare-chocs.
8h05 environ, le bus arrive au centre-ville. Je descends à côté de la station Pacific pour emprunter la ligne bleue de tram-train jusqu'à Los Angeles. D'autres passagers sont pressés, une cloche retentit. Vite, j'achète un ticket journée à la machine et je m'engouffre dans la rame. Payer par carte de crédit nécessite juste une trempette, on ne fait le code que sur les distributeurs de billets.
Environ 50 minutes plus tard, j'arrive à Metro Center, direction l'étage du dessous pour prendre le métro vers Union Station, 5 minutes d'attente. 3 stations plus loin, terminus, je me dirige vers le tableau des départs qui affiche 9h12. J'ai raté le train, le suivant est à midi.
Je passerai 3 heures de moins dans le parc, tant pis, En attendant, je me renseigne sur les possibilités d'aller à San Francisco par le rail et me retouve avec un peu de paperasse à lire, au moins ça occupe. La DS avec quelques jeux achetés la veille au Virgin Megastore de Hollywood Boulevard qui fait les soldes de fermeture, ça aide aussi.
Metrolink, c'est le nom donné au train de banlieue de Los Angeles. Prochaine étape, la gare de Newhall sur la Antelope Valley Line.
Midi approche, j'achète mon billet aller-retour et me dirige sur le quai. Le train entre lentement dans la station, propulsé au diesel et dont la forme particulière des voitures à 2 niveaux le fait ressembler à un chapelet de suppositoires. Je prends place au niveau supérieur. Les sièges en vis-à-vis, rembourrés, sont assez confortables par rapport au standard de trains de banlieue français et l'espace est suffisant pour ne pas se coltiner les jambes du voisin d'en face.
Le convoi s'ébranle, roule à vitesse réduite pour un moment avant d'accélérer. La voie n'est protégée par aucun grillage, de simples panneaux rappellent l'interdiction de s'aventurer sur les rails.
12h40, le conductor (chef de train) annonce l'arrêt à Newhall. Il me reste 2 bus à prendre sur le réseau de Santa Clarita. Le ticket de train permet de les emprunter gratuitement sur la continuité du trajet, je n'ai donc rien d'autre à débourser. L'arrivée du bus coincide avec celle du train à 2 minutes près. Je monte dans la ligne 5 qui m'amène au Transit Center (point de correspondance entre toutes les lignes de la ville) pour ensuite attraper le 3 dont le terminus est Six Flags. J'aperçois pas mal de vestes à l'effigie du parc dans ce dernier bus, cette ligne est surtout utilisée par les employés.

Il est environ 13h30, je vois enfin le parc! Je descends du bus et dois encore marcher le long de la route qui mène au péage du parking.
Le parc
Depuis l'arrêt de bus, en direction du parking, je longe un monstre d'acier nommé X2. C'est une montagne russe d'une conception particulière avec les sièges qui tournent sur leurs axes selon une rotation programmée dans le parcours. Dans la gare, Enter Sandman de Metallica résonne. Un train atteint le haut du lift, les passagers commencent à hurler.

J'arrive à la caisse. Vu l'heure, je n'aurai pas le temps de tout voir. Le passe à l'année coûte 10$ de plus que l'entrée pour la journée, j'achète. Je dois ensuite passer un détecteur de métaux, mon sac est fouillé par mesure de sécurité. Puis j'entre dans le parc. Un saut au bureau des passes à l'année pour me faire imprimer ma carte et je suis prêt à passer à l'attaque.
Par quel bout commencer? Allons-y pour le Revolution, le rail blanc qui slalome entre les sapins. C'est le tout premier circuit à looping de l'histoire.
Revolution
La file d'attente n'est pas très longue et aucun opérateur ne nous attribue les places, les clients gèrent ça eux-mêmes. Ils se mettent par groupe de 2 et ont souvent la bienveillance d'inviter les passagers isolés à compléter les éventuels trous. Je suis ainsi encouragé à compléter un train assez rapidement.
Les portillons s'ouvrent. Ce train possède 2 systèmes de sécurité, première fois que je vois ça. Ceci est certainement dû à la toute première mise en place d'un looping, on n'est jamais trop prudent. Je cale mon sac à dos à mes pieds et abaisse le harnais en U classique des trains à inversions en plus d'une traditionnelle barre à la taille. Un opérateur passe vérifier et m'enclenche le cran suivant qui me presse un peu trop. Mes interpellations sont inutiles, le départ est donné, je dois m'abstenir de trop remplir mes poumons afin de ne pas me sentir serré.
Le train se fait tirer au sommet par une chaîne, puis les sensations commencent. Je suis au premier rang, derrière mois ça se met à hurler, je ne dis rien. J'apprécie simplement la vitesse. Le passage à travers bois est sympa. Le train est légèrement freiné à certains sommets, ce qui casse un peu le rythme.
Verdict : sensations modérées, bien pour se mettre en jambes.
Orient Express
Un petit funiculaire permet de grimper sans effort sur la partie haute au centre du parc. Les avertissements affichés sont ceux d'une attractions à sensations fortes : déconseillé aux femmes enceintes, aux cardiaques et autres. C'est vraiment absurde, que risque-t-on en réalité dans ce funiculaire? Pas plus que dans un bus.
La montée est assez lente, et une bande sonore nous raconte quelques anecdotes à propos des montagnes russes avoisinantes.
Sky Tower
Au sommet du funiculaire se trouve une tour d'observation.
Je rentre dans l'ascenseur. L'opératrice sympathique attend un moment précis pour enclencher la montée, puis commence un petit discours sur les choses intéressantes à observer au lieu de démarrer le magnétophone qui est censé faire le dialogue à sa place. Je sens qu'elle aime son métier. Elle nous demande d'observer dans une direction précise et compte à rebours. A zéro, un train de Tatsu, l'attraction avoisinante, file à pleine vitesse sur le rail devant lequel nous passons à cet instant de la ascension avec son petit effet de surprise. Joli calcul!
Un joli point de vue se trouve au sommet. Toutes les attractions du parc sont visibles. Divers plans et maquettes sont exposés, ainsi que les plaques des instructions de sécurité des anciennes attractions.
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Je redescends ensuite, direction un autre manège.
Ninja
Dans une gare à l'ambiance chinoise (en bas à droite sur la photo), je patiente un petit quart d'heure et j'embarque dans un train à wagons suspendus.

Ça commence par un lift qui me paraît un peu court, puis la première descente arrive, qui va bien plus bas que la gare... et les secousses sont de la partie! La structure même du train amplifie énormément les dévers du rail rouge, et le circuit exploite cet effet à outrance. Après le coup de frein final, nous repartons sur un lift qui nous ramène à la gare.
La longueur de la première ascension est trompeuse, vu que l'embarquement se fait aux 2/3 de la montée. Des harnais à inversions sont utilisés alors qu'il n'y a aucun looping.
Goldrusher
C'est un "train de la mine" assez léger en sensations, plutôt familial. Pas de queue sur le coup de 15h où je l'ai testé. Il faut toutefois éviter de lever les bras, certains passages inférieurs me semblent si bas que je me mets à couvert par réflexe!
Pause repas
L'appétit arrive et je n'ai rien pris depuis le matin, c'est un hamburger de Johnny Rocket qui compose mon repas de midi, accompagné de frites et onion rings. Bien sûr, c'est un parc d'atttractions, il y a une grosse queue même à 15h et les prix sont légèrement tirés vers le haut.
Pendant ce temps, l'attraction basée sur Superman s'est remise en route vu le bruit. Il s'agit d'une ligne droite se terminant par une ascension verticale en cul-de-sac. Le train se résumant à un seul wagon est catapulté de la gare à haute vitesse avec un résonnement d'avion de chasse qui se remarque loin aux alentours, pour monter aussi haut que lui permet son énergie cinétique avant de repartir par gravité vers le point de départ.
Batman : The Ride
Ce circuit est une autre montagne russe suspendue. Cette fois, pas de caisses, les sièges sont directement accrochés et les passagers voyagent les pieds dans le vide.
Un avertissement signale que tout objet gênant est interdit et doit être rangé dans un des casiers à l'entrée de la file d'attente. La location coûte 1 dollar pour 2 heures maximum, je trouve que c'est vraiment de l'arnaque car un moyen artificiel de faire payer le tour dans un parc pour lequel on a déjà payé l'entrée. Mais bon, j'enfile quand même mon billet vert pour essayer.
La queue est longue, sillonnant dans une zone thématisée à la Gotham City. Je ne connais pas bien la série Batman, donc je ne peux rien vérifier. La suite de la file s'engage dans ce qui est censé être les égouts, pour ensuite monter vers l'embarquement.
Une pancarte avertit que les passagers doivent se placer où l'agent leur signale, aucune requête de siège permise. Comme d'habitude, personne n'est à l'oeuvre à ce poste, la répartition se fait au bon désir de chacun. Je me retrouve en 2ème rangée. Le plancher temporaire d'embarquement s'abaisse et le train part sur le lift. S'en suit une descente d'une minute environ. J'ai bien fait de vérifier mes lacets avant.
Colossus
Colossus, c'est la montagne russe tas de bois à l'ancienne. Le total des planches suffirait à bâtir 30 maisons. L'attente dure une vingtaine de minutes. L'ensemble de l'edifice est très impressionnant en rapport aux constructions plus modernes uniquement soutenues par des poteaux.

Le circuit se compose principalement de vagues, on trouve 2 voies parallèles donc une seule fonctionne ce jour-là.
Retour
L'heure fatidique approche, je suis contraint de quitter le parc sous peine de rester coincé ici. Sur le tourniquet de sortie on peut lire "Leaving is one flag.", je comprends alors le slogan More flags, more fun! Autrement dit, quitter le parc ce n'est pas cool du tout. Je suis à peu près du même avis, j'aurais aimé en profiter plus longtemps mais je dois presser le pas. Un bus quitte à peine l'arrêt lorsque j'arrive à sa hauteur. Bout de ligne oblige, le conducteur fait demi-tour et m'ouvre quand même la porte, C'était moins une!
Je suis ainsi en mesure de retourner à temps à la gare de Newhall. Il commence à faire frais, un mastodonte arrive au loin et se rapproche, ses 3 feux allumés à pleine puissance. C'est le train de 19h30, le dernier de la journée qui permet de retourner à Los Angeles. Une cloche sur la voiture-pilote bat la cadence pour signaler l'arrêt en gare, la locomotive est en pousse à l'arrière.

Le retour se passe très bien et la fatigue commence à se faire sentir. Je regrette que le Metrolink n'aille pas plus loin que Los Angeles car je dois à nouveau prendre la ligne bleue dont les sièges sont beaucoup moins confortables.
Il est 22h lorsque je débarque à Long Beach. Un menu Taco Bell à emporter, bus, et au pieu!
Bilan
Que retenir de cette longue échappée? Chaque fois que je raconte avoir fait le trajet en combinant les trains et les bus, les locaux me prennent pour un fou, courageux, aventurier... Utiliser les transports publics aux États-Unis n'est pas aussi ancré dans la culture que chez nous. Ici on saute dans sa voiture pour quasiment n'importe quoi.