Passer le permis de conduire en France est devenu un vrai casse tête.
Les inspecteurs sont rares, du coup il faut prendre rendez-vous bien à l'avance. Durant les 40 minutes de l'épreuve, la tension est au maximum, la moindre petite erreur pouvant être fatale y compris sur une manoeuvre. Le résultat n'est pas dévoilé dans l'immédiat, il faut attendre le retour du courrier.

En cas d'échec, le temps d'attente avant une nouvelle présentation peut être long. Bien sûr, l'auto-école demande de reprendre des heures de conduite (rajouter un bruit de tiroir-caisse). J'ai échoué 3 fois, dont une juste avant de prendre l'avion pour les États-Unis en janvier. Ce poste de dépenses est devenu un gouffre financier.

Les raisons des échecs sont vraiment bêtes. Voici mon historique.

  • Tentative 1
    • Boule de remorque pas vue lors d'un créneau, hors du champ de vision une fois garé : intervention, fatal
    • 80 km/h sur la rocade de Bordeaux sachant que la limite de vitesse avait chuté de 110 à 90 récemment. Logiquement, en tant que jeune conducteur, j'ai appliqué l'équation 90 = 80. Faux, car il faut savoir que c'est un arrêté préfectoral donc j'aurais dû maintenir le 90.
  • Tentative 2
    • Clignotant sur un rond-point (c'est assez compliqué comme ça)
    • Tentative de me faufiler prudemment dans une rue résidentielle avec une voiture en face, l'inspecteur a estimé que j'allais cartonner de plein fouet et que j'aurais dû me rabattre entre 2 voitures garées : fatal
  • Tentative 3
    • A 2 mètres de la fin de l'épreuve, pilage de la voiture par l'inspecteur pour une priorité à droite sur un petit parking désert le dimanche.

Ça suffit!

J'ai exploré une autre piste. Durant le mois d'avril, je me suis rendu au DMV (Department of Motor Vehicles) de Long Beach, afin de passer le permis américain.

Tout commence par une inscription, il faut faire la queue durant un petit moment. Les livres de code sont disponibles gratuitement, donc j'en profite pour réviser. Une fois l'inscription terminée, un numéro d'appel m'est attribué. Un petit peu d'attente puis je me dirige vers un autre guichet. Pour tester ma vue, on me demande de lire des lettres au mur comme chez un opticien. Je régle la somme de 28$ qui me donne droit à 3 essais du test écrit et la première tentative de l'épreuve pratique. Prise d'empreinte et photo, puis je rentre dans la salle d'examen.

On me demande si je souhaite passer le test en français. Oui, il est possible de demander un formulaire dans sa propre langue! C'est un QCM d'un peu moins de 40 questions à 3 choix. Pas de pièges, seulement du bon sens. La traduction, en revanche, laisse des doutes. Le mot autoroute est-il utilisé pour "freeway" ou "highway" qui sont différents? Trop de fautes.

Je reviens le lendemain. Cette fois, je tente les questionnaire en anglais. Une seule faute sur les angles morts d'un camion : c'est bouclé! Je reçois un instruction permit, un papier qui me donne droit à faire de la conduite accompagnée en attendant de passer le test pratique. Pour celà, il faut fournir une voiture avec enregistrement à jour et assurance suffisante. C'est un casse-tête car je n'en ai pas, ma famille d'accueil ne peut pas me prêter la sienne, les mois passent.

Les auto-écoles ne sont pas monnaie courante. Je me réfère à l'une d'elles. Nous réservons un rendez-vous au DMV par Internet, c'est très simple. Une fois la première date possible connue, je réserve un prêt de voiture. Ça coûte 70$ et comprend une heure d'entraînement juste avant l'épreuve.

Lundi dernier, 12h30, mon instructeur vient me chercher devant chez moi. En une heure, il me rend complètement opérationnel en m'expliquant tout ce que je dois savoir sur les distances, la position, les arrêts aux stops et aux feux, le virage à droite au feu rouge, les limites de vitesse. La seule manoeuvre compliquée est un pull-over ou rabattement au trottoir. Suivi d'une marche arrière, c'est une sorte de créneau en avant. Je fais comme j'ai appris... il panique car je suis trop près. Laisser 40 cm en France ne passe pas, en Californie c'est parfait.

13h30 arrive, c'est l'heure du test. Je rentre dans le parking du DMV puis rejoins la file d'attente ayant des allures de McDrive. Lorsque mon tour vient, j'arrive devant un guichet, un tiroir s'ouvre. Au lieu de récupérer un hamburger-frites, je dépose mon permit, la registration et l'assurance. Au poste suivant, un inspecteur m'attend et mon instructeur descend.

L'épreuve commence par la vérification des clignotants, feux de stop, phares. Je dois désigner l'emplacement des essuie-glaces, du dégivrage. On me demande aussi les signaux de bras en cas de panne : tendu pour le clignotant gauche, angle droit vers le haut pour le clignotant droit, angle droit vers le bas pour les feux de stop.

C'est parti pour 15 minutes dans la circulation. Tout se passe sans problème, juste quelques soucis avec les distances dans les zones de parking. A la fin, j'ai une petiute explication sur le fait de ne pas utiliser l'accélérateur pour me garer en bataille. Sur une boîte manuelle, apres engagement de la première, il faut mettre du gaz pour démarrer. Avec une boîte automatique positionnée sur D ou R, lâcher la pédale de frein suffit à faire rouler le véhicule au pas. Je ne l'avais pas compris.

J'ai juste accumulé 14 fautes, à ras du seuil d'ajournement qui est de 15. En France, après une explication comme celle-ci, j'aurais été recalé à coup sûr. Ici, l'inspecteur m'indique les points auxquel je dois faire attention, avant de m'annoncer que le test est concluant.
Un petit tour dans un bureau et je reçois un papier qui constitue un permis de conduire provisoire. Le définitif arrivera par courrier. Mon instructeur me raccompagne. Au moment de déposer, il me dit : Enjoy your freedom!

Le tout m'a coûté moins de 100$. C'est sans commune mesure avec le système français.